Disons-le d’emblée, Paul Slade n’a rien d’un looser. Parmi les artistes qui sont chroniqués ici, il y a fort à parier qu’il est celui qui a le mieux réussi. Pourtant, ce britannique né en 1950 se paie le luxe de ne pas avoir de page Wikipédia qui lui est consacré, et son premier album Life of a Man, comme les suivants d’ailleurs, n’ont jamais été réédités.

Guitariste depuis l’age de neuf ans, Paul Slade forme son premier groupe à 13, puis joue de la basse pour plusieurs artistes, et non des moindres :  Ike & Tina Turner, Stevie Wonder, Jimmy Cliff, Elton John, Jimmy Hendrix… En , il obtient un contrat avec Decca pour enregistrer une poignée de singles, dont un écrit par les Bee Gees en 1969, Sound Of Love, chouette morceau pop presque baroque…

Pendant ce temps, Slade commence à écrire, apprendre à (très) bien jouer de la 12 cordes, et part s’installer à Paris, où il enregistre donc, Life of a man, avec des musiciens français en grande majorité. Et figurez-vous que cet album lui ouvrit une carrière à l’international pas piqué des hannetons. Il a en effet énormément composé pour d’autres, notamment pour pas mal de chanteurs français qui voulaient s’essayer à chanter dans la langue de Shakespeare afin de se faire connaître hors des frontières de l’hexagone. C’est ainsi que l’on retrouve dans son tableau de chasse des artistes aussi variés et inintéressants que Rose Laurens (après Sandrose), David et Jonathan et Ringo, oui, celui de Sheila.



Mais Paul Slade sait aussi composer des tubes pour des artistes un peu pplus haut de gamme, il obtient par exemple un numéro 1 dans les charts avec I need a Man de Grace Jones et est aussi à l’origine de On the Beat de B. B. & Q. Band. Parallèlement, sa discographie en tant que chanteur s’étoffe, mais ne connaît pas le même succès. Qu’à cela ne tienne, Paul Slade est un artiste complet, et il continue à faire ses albums dans son coin, dans une interview très instructive concernant sa collaboration avec le producteur Jacques Petrus, il se confie :

J’ai décidé de continuer à écrire mes propres trucs dont je suis fier et même si une ou deux personnes écoutent et pensent qu’elles sont bonnes, alors je suis heureux. C’est pourquoi j’ai mis mes chansons sur le net gratuitement. Je suis heureux quand je rends les autres heureux. C’est ma vie.

Paul Slade continue donc à écrire de bonnes chansons, un peu en cachette, et se produit de temps à autre sur des petites scènes en Auvergne, là où il réside.

Revenons maintenant à Life of aMan, ce premier album solo que j’ai décidé d’acheter par hasard, car Paul Slade avait des faux airs de Kevin Ayers (qui, lui aussi, résidait en France, comme quoi). C’est tout à fait le genre d’album sous estimé qui mérite une réhabilitation. Un song-writing maîtrisé, des chansons pop- que personne ne peut vraiment détester, une voix parfaite même si on peut à la rigueur reprocher un vibrato tenace, un tout à classer entre Sixto Rodriguez et Bill Fay, avec un peu moins de pathos. Le deuxième album, Dutchman, paru en 1972, vaut lui aussi le détour. Pour vous faire une idée de la qualité du bonhomme, vous pouvez toujours aller voir sur le site de l’INA (payant), l’émission du 28 août du culte Pop deux animé par Patrice Blanc Francard dans laquelle Paul Slade interprète deux chansons seul avec sa douze cordes. Le hiatus entre ses chansons personnelles, folk, presque intimistes avec les tubes de dance music qu’il a écrits est assez saisissant.

Il serait temps, donc, qu’un label réédite les oeuvres de Paul Slade, que nous ne pouvons écouter que si on a la chance de tomber dessus dans une brocante ou ailleurs (même sur le net, on ne trouve pas grand chose).

Paul Slade ‎– Life Of A Man CBS 64561 (France) 1971

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