Nous avions laissé Bobby Jameson lorsqu’il venait d’enregistrer sous le nom de Chris Lucey un album de commande pour le label Mira. Sous ce même label, il sort un single, Vietnam, qui s’oppose, comme on peu le douter, à la guerre du même nom qui s’enlise déjà. Le single ne passe pas à l’antenne, comme c’est bizarre.




Après un autre single, produit par Zappa, rien que ça, Jameson enregistre donc Color him in pour le label Verve, en 1967 et produit par Curt Boettcher ni plus ni moins. , pour ceux qui ne le connaissent pas est un des producteurs phare de ce qu’on a appelé plus tard la , c’est à dire de la pop plutôt flamboyante, et relativement joyeuse. Du coup, le mélange entre le songwriting souvent sombre de Jameson et les arrangements colorés de Boettcher font de Color him in un album dont la richesse n’éclate pas à la première écoute. Pour tout dire, on ne sait pas d’emblée dans quel monde musical on est. Le chant de Jameson peut se faire parfois sirupeux et à d’autres occasion plus rugueux. Les mélodies mélancoliques ou bien au contraire, sautillantes.

,Verso de la pochette Color him in

Color him in est pour moi aussi bon sinon meilleur que The song of protest and anti protest. Il confirme en tout cas que Jameson est un grand songwriter, et qu’il faudra compter sur lui.  C’est d’ailleurs ce qu’indique le verso pochette de l’époque qui reprend un article de Beat Magazine :

Jameson est impatient. Il est en colère. Il veut tout détruire et bâtir un monde brillant sur les décombres. il est franchement contre la guerre, la haine et l’hypocrisie et pour l’amour, l’honnêteté et l’individualité. JAMESON est la voix de la nouvelle génération

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Beat Magazine n’a pas vraiment été clairvoyant sur ce coup là ! L’album ne rencontre pas son public et Jameson lui rencontre l’alcool, le LSD et toutes ces choses qui n’aident pas forcément à aimer la vie. Il réussit néanmoins à faire un autre album en 1969, Working, qui est d’un niveau inférieur aux précédents, même s’il est sûrement meilleur que la discographie complète d’artistes bien plus connus. Non, je ne citerai pas de nom !

Et notre Bobby, alors, qu’est-il devenu ? Déçu à juste titre de son insuccès, il fait plusieurs tentatives de suicide, s’adonne à la drogue et réussit de temps en temps à enregistrer des titres qui restent pour la plupart inédits. Il arrête définitivement la musique en 1985. Et en 2002 le label réédite donc le premier album de Jameson en le pensant mort. Il faut dire qu’il avait déjà été donné mort pour deux fois, et qu’il ne donnait plus signe de vie. Sauf que Bobby Jameson est heureusement toujours vivant* ! Ca ne vous rappelle pas une histoire récemment (et brillamment) porté sur grand écran ? Oui le parallèle avec Sixto Rodriguez est assez frappant. Mais Rodriguez, lui, au moins, avait du succès en Afrique du sud. Là, notre Bobby, qui a arrêté de boire depuis plus de 30 ans, découvre en 2003 que son disque a été réédité sans qu’il fût prévenu. D’après ce que Jameson raconte sur son blog, Joe Foster, le patron de Rev-ola fut bien embarrassé d’apprendre qu’il était encore en vie. Pis, il ne lui a jamais donné le moindre centime, ni même envoyé un cd !

On peine à croire qu’un label aussi prodigieux que Rev-ola, qui a déterré des pépites, les a réédités avec de si superbes livrets documentés, bref qui est, je dois bien le dire, un de mes labels fétiches, soit en fait dirigé par un aussi abject malotru. Bon, je ne connais pas la version de Joe Foster. Libre à lui de la donner. En tout cas, Bobby Jameson, lui, ne touche rien et sur aucun de ses disques !

Il y a bien eu une réédition en cd de Color him in, mais il semble qu’elle n’ait pas été faite en accord avec l’artiste. Et de toute manière, elle est quasi introuvable. J’ai eu de la chance il y a quelques années d’avoir trouvé le vinyle original sur ebay, maintenant, c’est une denrée rare !

Pour en savoir (beaucoup) plus sur l’histoire de Bobby Jameson, sachez qu’il tient un blog extrêmement fourni même s’il s’est arrêté en 2012. On peut en tout cas en connaître plus sur le bonhomme et sur l’industrie du disque !

Pour écouter ses chansons, sa chaîne youtube est très complète…

Reste maintenant à faire découvrir Bobby Jameson à vos proches qu’il ait enfin le succès qu’il mérite!






Bobby Jameson est mort un an après la rédaction de cet article, nous en parlons ici.