POchette album de Zig zag Pièces manquantes

En 1977, il y eut un peu plus de 14 000 tués dans des accidents de la circulation routière en France, pour une population de 53 millions d’habitants, alors que de nos jours, un peu moins de 4000 personnes perdent la vie pour 66 millions d’habitants. Il faut dire que l’époque était encore à une certaine nonchalance, et que l’on commençait seulement à prendre en compte les dangers de la circulation routière. Pensez donc, l’alcoolémie délictuelle était, en 1977, encore à1,2 g par litre de sang ! Et puis, les 4L, Deux chevaux ou autres Simca 1100 n’avaient ni airbag, ni ABS et l’on commençait seulement à rendre la ceinture de sécurité obligatoire. Du coup, on mourait beaucoup sur la route. Et il y eut des familles au chagrin mais aussi  des destins brisés. Et parfois, même, des destins collectifs.

En mourant d’un accident de voiture le 27 mars 1977, Antoine Chagnon, entraîna la fin du groupe nantais, Zigzag, dont il était le batteur. L’unique album déjà enregistré pour RCA, n’a pas été publié. Pourtant ça avait plutôt pas trop mal commencé pour ce groupe qui tournait beaucoup en Bretagne. On leur propose de sortir un 45 tours, en 1972, My lady sun qui se révèle être assez éloigné de leur style, même si d’aucuns se contenteront d’écouter cette rareté inspirée par les Aphrodites Childs et dont les paroles ont été écrites par Boris Bergman, future parolier de Bachung.

 

Après quelques remaniements, Zig Zag enregistre donc leur album fin 1976 pour RCA, non sans avoir subi entre temps  les influences de la percée de Magma.

Et si la musique est bien de la même veine que le groupe Zeuhl, il s’en détache assez pour créer un univers surprenant et envoutant.

Le chant, déjà,  n’est qu’une mélodie sans paroles portée par une voix féminine, celle de Michelle Sarna  et qui est parfois agrémentée de chœurs plus virils et tribaux. Moins compliqué que Magma, plus axé sur la répétition, Zig zag est aussi plus en retenu, ce qui, dès que l’on parle de rock progressif, ne va pas forcément de soi.  Mais rien n’est démonstratif, ce sont d’excellents musiciens qui sont là avant tout pour créer une ambiance tendue mais jamais agressive. La prépondérance que l’Ovation acoustique y est pour beaucoup. Et on ne sait plus au fond, si l’on écoute du progressif, du jazz rock ou du Krautrock ou bien même du jazzfolk. L’album en tout cas d’une époustouflante modernité, que l’on doit autant à un travail de remasterisation aux petits oignons, que par l’audace des compositions.

Si l’on peut écouter ces Pièces manquantes aujourd’hui, c’est aussi grâce au travail formidable du label Vapeur Mauve, qui a réussi en 2014, là où d’autres avaient échoué : l’album a failli plusieurs fois être déjà édité et il  a fallu attendre 37 ans pour que nous l’ayons sur notre platine. Le travail d’édition est impeccable, avec ce qu’il faut d’explications et un bon pressage.

Les musiciens de Zig Zag eux, sont restés dans le circuit, Jean Luc Chevalier ayant rejoint Magma, puis Tri Yann dans lequel il officie encore, Claude Le Péron ayant joué avec Voulzy, Souchon et autre Goldmann, pour ne citer qu’eux.

D’autres membres du groupe ont fini par rejoindre le batteur Antoine Chagnon, et la publication de cet album est le meilleur moyen de leur rendre hommage.

On ne peut s’empêcher toutefois de se dire que l’automobile nuit à la musique, et nous eussions pu non seulement découvrir cet album plus tôt avec un bon Airbag, mais en écouter d’autres de la même veine.

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