Peter Grudzien - The Unicorn (pochette)

Drôle de personnage que ce Peter Grudzien. L’album chroniqué ici, et qui est le seul officiel de sa discographie, fut composé et enregistré sur plus d’une décennie. De plus, il s’agit d’un album d’Hillbilly musique teintée d’un psychédélisme vaporeux. Le tout étant un brulot ouvertement Gay – on dirait maintenant, pro- –   ce qui, pour l’époque restait encore rare. Surtout pour de la – ou apparentée. Pour couronner le tout, le dit Peter Grudzien joue de tous les instruments, et on ne connaît pas le nom de toutes les substances qui l’ont aidé à réaliser un tel album.

Pressé à 500 exemplaires, que l’on peine à écouler, The Unicorn est bien évidemment passé à côté d’un public qui n’existait pas à l’époque et que l’on serait bien en peine à définir, même de nos jours. Mais, il y a toujours un type barré qui est prêt à faire renaître de ses cendres même les trucs les plus rares. Paul Major patron de Parallèle Records (ça ne s’invente pas) fut ce genre de gars, et The Unicorn reparut en 1995. En CD. Heureusement pour nous, Subliminal Sounds a décidé de le rééditer en Vinyle, accompagné d’un deuxième album de Peter Grudzien, The Garden of Love, dans la même veine que le premier. Une très belle édition, soit dit en passant.

Parlons maintenant un peu du contenu. Ce qui frappe, dès la première écoute, c’est la proximité de The Unicorn avec Oar d’Alexander Spence. Même substrat country, mêmes rythmes bancals, même voix d’outre tombe parfois. Et puis ces albums sont tous les deux le fruit d’un seul homme orchestre. Grudzien reste toutefois plus maîtrisé que Skipe Spence. Mais il s’en faut de peu que l’édifice s’écroule : tout ne semble tenir que sur un fil. L’écoute d’un tel album nous tient forcément en suspens, on sort de la zone de confort alors que l’on écoute une musique, la country, qui est, souvent à tort, considérée comme un peu répétitive, en tout cas simple, car populaire. Les compositions ne délivrent toute leur beauté qu’après plusieurs écoutes, une fois que les tensions sont toutes apprivoisées. Le genre d’album qui marque, en fin de compte, de manière indélébile.

Grudzien continue a enregistrer des chansons qu’il garde pour lui, on aura peut-être donc jamais l’occasion d’écouter autre chose de lui que ce double album. Raison de plus pour se jeter dessus. Un très beau portrait de l’artiste se trouve dans le livre de Guy Darol, chroniqué ici même.

On peut trouver encore le LP chez  les disquaires en cherchant bien, sur le net aussi. Et il est disponible sur les plateformes légales de streaming.

Si vous aimez : la country, mais la country bizarre quand même, Alexander Skipe Spence, voire Syd Barrett