pochette chris bell - I am the cosmos

Nous ne referons pas un autre speech sur la sécurité routière des années 70 mais, une fois n’est pas coutume, si la carrière de Chris Bell n’a pas pu prendre son envol c’est qu’elle a été stoppée net par un poteau qui s’est mis sur la route de sa Triumph TR-6 blanche. C’était le 27 décembre 1978, Chris Bell avait 27 ans, ce qui le place dans le club très fermé, mais en fin de compte assez peu envié, des musiciens rock morts à 27 ans.

Chris Bell n’avait de toute manière pas trop la baraka. Membre de Big Star, groupe culte à l’insuccès notoire, il le quitte après son premier album en 1972. A partir de là, il entre en dépression jusqu’à la fin de sa courte vie, abusant comme beaucoup de ses pairs, de prise de drogue et d’absorption d’alcool. Il travaille néanmoins sur quelques chansons en solo, qu’il enregistre en grande partie en France dans le Château d’Hérouville en 1974. Les autres chansons sont enregistrées à Menphis, d’où il est originaire. De tous ces enregistrements seul un single sort en 1978 sur Car Records (quelle ironie du sort) I am the Cosmos/ You and your sister avec un succès d’estime. Alors que l’on reparle d’une possible tournée au Royaume Uni avec la formation initiale de Big Star, incluant donc Chris Bell, ce dernier meurt.




David Bell réunira les maquettes de son frère Chris qu’il publiera en 1992 chez Rykodisc sous le titre de I am the cosmos qui n’est donc pas véritablement un album. Il s’écoute pourtant comme tel, car le tout est assez homogène, du moins homogène dans le bancal. Il faut bien avouer que les chansons de Chris Bell ne sont pas très joyeuses, et tout le mal être de ce jeune homme semble transpirer à travers un songwriting pourtant chiadé. La voix de Bell est certes limitée et son aspect éraillé en rajoute dans le pathos. Néanmoins, cet album est devenu culte par ricochet de l’engouement que l’on a commencé à porter à Big Star. Il est aussi un peu atypique, pas vraiment rock, on peut noter quelques échappées et country sans pour autant le classer dans ce style, trop torturé pour être du soft rock, I am the cosmos est avant tout le témoignage d’une âme écorchée. A bien des égards, on pense à Pacific blue de Dennis Wilson, non pas pour le style musical, mais pour l’ambiance générale, et aussi pour le fait que Dennis Wilson ne soit pas non plus un grand chanteur.

On hésite toujours à mettre I am the cosmos sur la platine, car on sait qu’on ne va pas rigoler, mais la mélancolie est ici souvent transcendée par une écriture soignée, et l’interprétation sur le fil demande une attention continue : on guette l’effondrement de cet ensemble d’apparence fragile, mais il n’en est rien, Chris Bell a réalisé un grand album sans le savoir.

La chanson I am the cosmos a été repris par de multiples artistes dont The posies, Beck, Scarlett Johanson et Pete Yorn…

L’album a été réédité par Rhino Records en CD avec moult bonus en 2009. On attend une réédition vinyle digne de ce nom.

 

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