On a profité de la récente réédition en poche de l’autobiographie de Viv Albertine, guitariste de The Slits, pour enfin la lire.  Et l’on n’est pas déçu par la lecture. Si jamais vous n’aviez pas idée de ce qu’est le , ou bien si vous vous vous contentiez d’une image d’Épinal de ce mouvement en pensant par exemple qu’il s’agissait d’une bande de primesautiers individus s’adonnant à une passion musicale énergique, il est grand temps de vous procurer ce bouquin.

Viv Albertine, au milieu de The Clash et Sex Pistols

Car Viv Albertine a vécu au plus près du punk. Sa formation, The Slits, n’a pas eu l’aura des Clash et des Sex Pistols – ce qui est d’ailleurs d’une injustice folle – il s’agissait bien du même cercle. Viv Albertine a d’ailleurs commencé à faire de la musique (ou plutôt à faire un groupe de musique, car elle ne savait pas encore jouer) avec Sid Vicious, et a vécu une relation amoureuse de plusieurs années avec Mike Jones… La position est centrale. Londres, les années 70, le punk pour la musique et les (nombreux) mecs, Vivienne Westwood pour les fringues.

 

Une confession sans concession

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette autobiographie est sans filtre. Ça parle de règle, de masturbation, de glaviots et d’hygiène douteuse. Mais c’est aussi d’une sincérité absolue sur la vie après les Slits, avortement, cancer, divorce : une vie punk sans même le vouloir. La force du livre, c’est une écriture haute en couleurs, qui ne s’embarrasse pas pour nommer les choses telles qu’elles sont, mais c’est aussi un regard lucide – et parfois drôle – sur une trajectoire peu banale. On est aussi frappé par l’excellente mémoire de Viv Albertine, qui se souvient exactement de comment elle était habillée pour chaque événement important de sa vie. Il faut dire que, à l’opposé de beaucoup de ses collègues, elle n’a pas plongé dans la drogue. Contrairement aussi à une idée reçue sur les punks qui auraient rejeté tout en bloc, surtout les musiciens rock,  la culture musicale de Viv est particulièrement riche.

De fringues, de musique et de mecs est enfin un livre féministe, car The Slits était un groupe de filles, et pas n’importe lequel. On sent bien que l’insuccès de l’époque était peut-être aussi du au fait qu’il s’agissait d’un groupe féminin et que The Slits a ouvert la voie à beaucoup d’autres. C’est un livre féministe aussi car les choix d’Albertine dans sa vie sont féministes, même si elle se plaint souvent de son manque de confiance en elle.

 

The Slits : une courte discographie particulièrement dense

Un conseil, lisez ce livre en écoutant toute la discographie des Slits. Elle n’est pas opulente. Les premiers enregistrements ont été réalisés par John Peel, et il existe aussi un live au Gibus (à l’applaudimètre, il ne devait pas y avoir plus de dix personnes dans le public): il s’agit de la formation avec la batteuse Palmolive (qui rejoindra The Raincoats pour leur premier album). La musique y est punk-rock, brute. Mais se dessinent déjà des chansons un peu hors norme, et le chant de la très jeune Ari Up (elle a alors 14 ans) rend le groupe déjà singulier. Lorsque l’on retrouve certaines de ces chansons dans l’album culte Cut, elles sont transfigurées. Entre temps l’influence Reggae et Ska est passée par là. C’est sec, la violence ne passe plus en force, elle commence à se déstructurer, les guitares de Viv Albertine sont acérées, le chant d’Ari Up transcende le tout.

Il ne faut pas passer à côté du deuxième album, The return of Giant Slits, qui ne sonne plus vraiment punk, mais dont les multiples influences africaines et avant-gardiste le rend peut-être encore plus intéressant que Cut. Encore une autre injustice.

Viv Albertine – De Fringues de Musique et de Mecs
10-18 – 576 pages ISBN-10: 2264072164

Discographie de The Slits

The Slits ‎– The Peel Sessions (1989) Regroupe les 3 sessions chez John Peel, en 1977, 1978 et 1981. Paru en cd chez Strange Fruit. Réédition LP non officielle.
The Slits ‎ Live At The Gibus Club (2005), concert enregistré à Paris en janvier 1978
The Slits Cut (1979)
The SlitsThe Return of the Giant Slits (1981)
The Slits Trapped Animal (2009) album enregistré lors de la reformation de The Slits, sans Viv Albertine

À écouter aussi

The Raincoats – The Raincoats (1979) (avec Palmolive, ex-Slits, à la batterie)
The Raincoats  Odyshape (1981) sans Palmolive, mais qui dégraisse encore mieux
X-Ray SpexGerm Free Adolescents (1978), le groupe de Poly Styrène